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Prendre en compte chaque élève : comment l’Ouganda a mis à profit les données sur le handicap au service de l’éducation inclusive

Les responsables de l’éducation du district de Mayuge, en Ouganda, ont utilisé le système DHIS2 pour classer 1 746 élèves selon le type et le niveau de leur handicap, puis se sont appuyés sur ces données pour ouvrir une section d’éducation spécialisée à l’école primaire d’Ikulwe et se doter d’enseignants formés, de rampes d’accès et de machines à braille.

Published: 18 Sep 2026

Pendant des années, les établissements scolaires ougandais ont recensé les élèves en situation de handicap sous un seul et même chiffre. Un élève aveugle et un élève incapable de lire au tableau figuraient ainsi dans la même colonne. Un responsable de district consultant le formulaire statistique pouvait constater qu’un établissement comptait des élèves en situation de handicap, mais sans pouvoir déterminer les besoins de ces élèves.

La situation a changé dans le district de Mayuge. Grâce à l’utilisation de DHIS2, les responsables éducatifs du district peuvent désormais classer l’ensemble des 1 746 élèves en situation de handicap du district selon le type et le niveau de leur handicap, et identifier les écoles qu’ils fréquentent. Ils se sont appuyés sur ces données pour plaider avec succès en faveur de la création d’une unité d’éducation spécialisée à l’école primaire d’Ikulwe, qui a ouvert ses portes en octobre 2025, dotée d’enseignants formés, d’infrastructures accessibles et de supports pédagogiques adaptés.

Déclaration des apprenants en situation de handicap sous la forme d’un total unique et indifférencié

Le secteur de l’éducation ougandais s’est engagé à atteindre l’objectif de développement durable n° 4 et à mettre en place un système éducatif accessible à tous les apprenants. Or, pour planifier l’inclusion, il faut être en mesure d’identifier les personnes exclues, ce que les données courantes ne permettaient pas de mettre en évidence.

Les conséquences ont été concrètes. Un établissement ne peut pas demander une machine à braille, une rampe d’accès ou un enseignant spécialisé qualifié en se fondant sur un montant global indifférencié. Il ne peut pas plaider en faveur d’une ligne budgétaire qu’il n’est pas en mesure de décrire.

Des recensements différenciés mettent en évidence des réponses différentes. Le recensement des élèves présentant une déficience visuelle justifie le recours à un enseignant formé pour travailler avec eux. Le recensement des élèves ayant besoin d’une aide à la mobilité permet de déterminer où installer des rampes d’accès. Le recensement des lieux où ces élèves sont concentrés indique quelles écoles doivent être prioritaires.

Un simple décompte des enfants en situation de handicap ne permettait pas aux responsables de l’éducation d’apporter un soutien adapté ; l’équipe s’est donc attachée à collecter des données sur les différents types de handicaps, la localisation des élèves, et bien d’autres éléments encore. (Image : GPE KIX)

Refonte des outils de collecte de données afin de recenser les handicaps par catégorie et par niveau

Dans le cadre du projet « DHIS2 for Education », financé par le KIX du GPE, HISP Ouganda a collaboré avec le ministère de l’Éducation et des Sports ainsi qu’avec les autorités locales et de district afin de repenser les outils de collecte de données de routine, de manière à ce que les données relatives au handicap soient saisies par catégorie et par niveau de handicap. Le projet a combiné trois volets qui devaient être menés de front : le paramétrage de l’instance DHIS2, la formation du personnel éducatif des districts et des chefs d’établissement à la collecte et à l’analyse des nouvelles données, ainsi que l’accompagnement des responsables de district dans l’exploitation des résultats fournis par ces données.

Grâce à cela, le district de Mayuge a pu, pour la première fois, recenser ses 1 746 élèves, en effectuant une désagrégation par type et niveau de handicap, et déterminer dans quelles écoles ils étaient scolarisés.

Un élève malvoyant utilise un outil pour apprendre le braille. (Photo : GPE KIX)

La désagrégation des données a permis de justifier la création d’une unité d’éducation spécialisée à l’école primaire d’Ikulwe

Les données ne suffisent pas à elles seules. Ce qui a fait la différence à Mayuge, c’est que les responsables éducatifs du district ont exploité ces données de désagrégation pour étayer leur argumentation.

Ils s’en sont servis pour plaider en faveur de la création d’une section d’éducation spécialisée à l’école primaire d’Ikulwe, qui a ouvert ses portes en octobre 2025. Ils s’en sont servis pour faire pression en faveur du recrutement et de l’affectation d’enseignants spécialisés formés. Et ils s’en sont servis pour justifier des investissements dans des infrastructures accessibles, telles que des rampes d’accès à l’école, ainsi que dans du matériel pédagogique d’aide à l’apprentissage, comme des machines à braille.

À mesure que l’établissement s’est mieux équipé pour identifier et accompagner les élèves en situation de handicap, le nombre d’inscriptions de ces élèves a augmenté. Les parents ont apprécié ce système qui leur permettait désormais de voir leurs enfants pris en charge. Un parent, dont l’enfant a été transféré dans cet établissement après l’ouverture de la section, a décrit les progrès réalisés par son enfant en matière d’écriture et de résultats scolaires — mais aussi, ce qui est tout aussi important, en termes de confiance en soi et de bien-être.

Une analyse par sexe et par catégorie de handicap met en évidence des disparités que le chiffre global ne permet pas de percevoir

Le fait de rendre le handicap visible dans les données courantes a des répercussions qui dépassent le cadre d’un seul établissement scolaire. Les élèves en situation de handicap comptent parmi les plus marginalisés du système éducatif, et il est difficile de planifier des mesures en faveur d’élèves qui ne sont pas pris en compte. Les données de désagrégation permettent à un district d’allouer ses ressources en fonction des besoins plutôt que sur la base d’hypothèses.

Cela permet également de mettre en évidence les désavantages qui se recoupent. Les filles en situation de handicap sont confrontées à des obstacles cumulés en matière d’éducation, et le suivi de leur participation, à la fois par sexe et par catégorie de handicap, permet aux responsables des districts de constater des disparités que le simple total des personnes en situation de handicap masquerait. Mayuge dispose désormais des données nécessaires pour poser cette question. Y répondre constitue la prochaine étape de ce travail.

Un enseignant spécialisé aide un élève malvoyant à apprendre le braille. (Photo : GPE KIX)

Perspectives d’avenir : un leadership local, des capacités techniques et un budget pour faire face à la situation

L’expérience de Mayuge remet en question une idée reçue concernant les systèmes de données éducatives : celle selon laquelle l’objectif serait d’améliorer la qualité des données. Une meilleure qualité des données était certes nécessaire dans ce cas précis, mais elle n’était pas suffisante, et ce n’était pas là l’essentiel. L’essentiel était que les données deviennent suffisamment détaillées, suffisamment accessibles et suffisamment fiables pour que les responsables du district et des établissements puissent agir en conséquence — et que ces responsables choisissent de le faire.

C’est cette combinaison qui garantit la durabilité du changement : des données de désagrégation de haute qualité, des responsables locaux disposés à les utiliser, les capacités techniques nécessaires pour assurer la durabilité du système, et des décideurs dotés du mandat et du budget requis pour agir. La modification de l’un de ces éléments pourrait entraîner un résultat différent à Mayuge.

Le projet « DHIS2 for Education » recense des expériences telles que celle de Mayuge dans le cadre de la phase d’apprentissage finale du programme de recherche-action KIX de l’Initiative mondiale pour l’éducation (GPE). L’objectif de cette documentation est de mettre en évidence les facteurs qui ont déterminé si les données de désagrégation sur le handicap ont influencé les mesures prises par un district.

Le projet « DHIS2 for Education » en Ouganda est mis en œuvre par HISP Ouganda, en collaboration avec le ministère de l’Éducation et des Sports et les collectivités locales des districts, grâce à un financement du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) – Knowledge and Innovation Exchange (KIX). DHIS2 est une initiative mondiale dirigée par HISP UiO, à l’Université d’Oslo.